Alors que l’AOC Rhum agricole Martinique fêtera dans quelques semaines ses 20 ans, une nouvelle distillerie a fait depuis peu son apparition dans le paysage. Une petite unité qui, depuis le mois d’août, produit un peu plus de 100 litres de rhum blanc par jour. L’appellation A1710 interpelle.

C’est un peu la surprise de l’année pour le monde du rhum. Une distillerie a été montée au François et a commencé la distillation du jus de canne au mois d’août dernier. Une date de démarrage pour le moins hors temps de récolte. Mais cette nouvelle distillerie vit à son rythme et entend bien y rester. Au Simon, juste en face de la distillerie du même nom, elle se compose d’un petit moulin pour recevoir une petite quantité de canne, et d’une unité de production qui n’attire pas l’oeil, car situé derrière la grande bâtisse qui domine la route nationale. Une discrétion qui peut surprendre, mais qui se justifie par la volonté de son promoteur de ne pas être dans une dimension industrielle. 

Une camionnette, une benne de canne et la production de la journée est assurée.

Yves Assier de Pompignan n’est pas peu fier de montrer ce qui constitue l’originalité de son rhum : le retour à l’alambic (l’alambic poire en arrière plan).

« C’est une petite distillerie pour une petite production mais qui vise l’excellence » souligne Yves Assier de Pompignan. Mais, pour se lancer dans cette entreprise pour le moins étonnante, il fallait bien que sa motivation repose sur une idée précise non seulement du mode de production, mais aussi du produit. « J’ai toujours rêvé avoir une distillerie. J’ai travaillé le projet pendant trois ans. C’est une maturation longue, mais je suis arrivé à ce que je voulais » . Trois années pour rechercher l’idéale et travailler sur le mode de production.« Nous avons l’originalité de lier un alambic et une colonne. C’est ce qui fait l’originalité du rhum que nous produisons » souligne-t- il. 

 

Ce qui est encore plus étonnant c’est qu’en démarrant la distillation au mois d’août, il trouve des cannes de grande qualité rhumière. « Ce sont des cannes qui sont hors saison, et qui ont une richesse en sucre très élevée » . De fait, c’est une richesse variant entre 16 à 17 de brix. « C’est surprenant, mais nous avons la chance de bénéficier de petites plantations de canne sur le François. » Une camionnette de canne par jour suffit pour le travail d’une journée.

L’autre originalité de cette distillerie, c’est la combinaison alambic et colonne. « À l’origine, le rhum était fabriqué à partir un alambic. C’est par la suite et pour une plus grande production, que les colonnes ont fait leur apparition. De l’alambic à la colonne en passant par une cuve réfrigérée, nous obtenons un produit maîtrise et répondant à ce que nous recherchons. C’est un processus complexe mais qui existe pour d’autres spiritueux. » explique Yves Assier de Pompignan.

 

Non loin de la montagne du Vauclin, une petite plantation de canne (kan epi let), à l’instar des plantations qui fournissent la distillerie.

LANCEMENT LE 10 OCTOBRE À PARIS DES RHUMS BLANCS LA PERLE ET RENAISSANCE

En réalité, c’est en faisant appel à des experts du cognac et des d’autres ingénieurs passionnées à l’idée de participer à la création d’une nouvelle distillerie, que le projet prend forme et que la nouvelle unité est devenue opérationnelle.
« Nous aurons le rhum Renaissance (55°) et le rhum la Perle (50°). »

Deux appellations qu’il veut comme indice d’une approche commerciale nouvelle et différente.
« Nous ne sommes pas AOC, car nous avons des critères de fabrication différente de la nomenclature de l’AOC. Notre fermentation est plus lente et le passage en alambic signe un produit différent de l’AOC. Mais nous faisons du rhum, un rhum Martinique et qui n’est de sucrerie » .

Notre nouveau distillateur n’est pas peu fier. Ces deux rhums blancs seront en vente bientôt.
« Nous les lancerons le 10 octobre à Paris, à l’hôtel Ritz. Ils seront disponibles chez les cavistes, car nous visons le marché premium. Localement c’est la compagnie du rhum qui, pour le moment, le commercialisera. »

D’autres points de vente devront arriver bientôt.
« Notre production a conçu différemment et essentiellement pour le marché haut de gamme. C’est une démarche volontaire. »

En attendant de goûter ce nouveau rhum blanc, c’est avec des rhums vieux que l’entreprise s’est positionnée sur le marché de l’exportation.
« Nous en avons trois. Nuée ardente, Soleil levant et Tricentenaire. Trois produits d’assemblage avec d’excellents vieux de Martinique et de Guadeloupe. C’est un choix ! » .

Ces produits sans avoir le label AOC, n’interpellent pas moins l’amateur. De par leur raffinement et leur traçabilité, les palais les plus avertis sont satisfaits. La Martinique est bien terre de rhum.
Et rhum de qualité.

Toute l’unité de production est ici groupée. Alambic et colonne sont couplés pour donner un rhum original. Un peu plus de 100 litres par jour.

« A 1710 » : un clin d’oeil familial

C’est parce qu’Yves Assier de Pompignan entend avoir une démarche commerciale plus identifiable de ce qui existe sur le marché du rhum qu’il a eu l’idée de retenir deux éléments liés à sa famille : « A pour Assier. et 1710, comme l’année d’arrivée à la Martinique du premier Assier. C’est une marque qui répond surtout à l’idée d’excellence que nous entendons offrir à travers nos produits. »

De fait, les rhums blancs ont une appellation précise (la Perle et Renaissance) ainsi que les rhums vieux comme Nuée ardente, Tricentenaire ou encore Soleil Levant. Un clin d’oeil au François.

Article de Gabriel Galion pour France-Antilles, du mardi 04 octobre 2016

Pin It on Pinterest